23 mars 2010

Une fleur pour Leroy K. May


Puisque dans ce monde décadabrouticaltaque saturé d'information on a tendance à trouver ses idées chez ses meilleurs amis, Leroy K. May a eu, justement, l'idée ingénieuse d'exploiter le thème avec lequel je lui casse les oreilles depuis une décennie: le Japon. Nous voici donc sous les cerisiers numériques que Robert n'a pas voulu lire, mais qu'il a bien voulu publier. Pour 4 dollars, ça vaut bien la peine. Pas plus.

16 mars 2010

Détonations















les clous parfois l'hiver éclatent

j'aime le son de ces
détonations
ces instants glacés où le métal cède

c'est mon vrai visage 
dégarni ridé cerné
qui éclate

mon visage et sa peau sous la pression des pensées 
extraites comme des clous du clavier 

fragile étanchéité des voix qui m’habitent
arrachées des lettres sur les frappes
renversées sur l’écran liquide

dans ce moule étincelant
les signes cloués me regardent
courbes lignes espaces noirs ou pas
simagrées insolites
rancoeurs
amours
insipidités
répertoires de cris étouffés par la police
cris Times New Roman
cris Arial
cris Raavi Consolas Cambria
phonèmes dégoutés du quotidien
cardiogrammes de fureurs
réverbères crispés de la pensée
paniques alphabétiques
violences vrillées dans les touches
préludes pour des pattes de mouches

pianissimo

solitude des mots sous mes yeux
espace insondable entre un nom et un adjectif
phénomène abject et infanticide grec
cette ligne ne veut rien dire 
comment s’est-elle faufilée 
par quels canaux 
sa beauté vient du fait qu’elle semble s’être infiltrée malgré moi
par une fissure quelconque du mode de fonctionnement de la pensée 
relisons-la
phénomène abject et infanticide grec

j’aurais pu copier-coller mais j’ai préféré repasser dans les lettres pour sentir la vibration des touches sous mes doigts lorsque j’appuie sur le P le h le é le n le o le m le è le n le e lorsque j’appuie sur l’espace surtout à cause de la
détonation 
si particulière de la plus longue touche de mon clavier
quelle touche sur le piano équivaut au son qui sourd de cette touche-ci
do ré mi fa sol
SOL
je crois que c’est un sol
les détonations
les clous qui explosent
opèrent sans doute le même trajet qu’un Sol 
sur le clavier de ma pensée 

SOL

apprendre à savourer ce son qui éclate en plein hiver 

5 mars 2010

Sur l'autre route

Je te vois tu te déclines, tu te déposes et te sédimentes aux marais féconds des ralentissements bruts. Embué d’aubes télégraphiques, tu diriges tes yeux-torpilles vers l’arc invisible des ponts successifs. Te moquant des vertiges, tu déplies les écorces convergentes d’un horizon à quatre voies, tu bifurques là où les terrains vagues s’écartent et s’altèrent, là où les haltes savonneuses t’épurent des villes perpétuelles. ............... Je te vois, les grands pylônes intermittents s’abreuvent de tes nuées humides et leurs arêtes tracent des nappes flottantes dans la pâleur vive des aubes dissoutes. Te voilà maintenant dans la campagne rageuse, loin des immeubles rampants, des crevasses d’attentes, des lampadaires aveugles de chaux vives, loin du cri étroit des boulevards abstraits, loin des fièvres rotatives et des vertèbres contradictoires. ............... Je te vois, tu dévales la plaine et absorbe les fumées bleues d’un instant d’argile. Tu traverses enfin la façade vitrée des très-grandes-vitesses, là où les reflets verrouillent le sens dans le mystère répété de tes décélérations exponentielles. ...............

1 mars 2010

Marumage - Histoire de fantôme

Je l’imagine discrète, prenant mille précautions pour ne pas attirer l’attention: kimono démodé, sourcils enduits de blanc, coiffure Marumage que l’on retrouve chez les femmes d’âge mûr.
Je l’imagine en train de peindre ses dents avec un pinceau très fin : elle observe son reflet; lentement, elle ouvre la bouche, puis elle applique par touches délicates un résidu de prunelles bleu-noir qu’elle a cueillies dans un cerisier.
Je l’imagine impitoyable envers elle-même. Un tube d’acide sulfurique à portée de main.
Je l’imagine dans les ruelles en zôri par une nuit chargée d’électricité, sa silhouette disparaissant dans l’écart qui sépare une maison d’une autre.   
Je l’imagine avec une lettre froissée sous le kimono. La calligraphie de son amie à peine déchiffrable, les mots gonflés sous l’effet de quelques gouttes d’eau :  «... je t’en prie, viens vite.»
Je l’imagine hésitante, cherchant entre les plans d’ombres le réconfort de la lueur d’une lanterne rouge. 
Je l’imagine fluette, gracieuse, mais soumise à une peur inhabituelle qui provoque peu à peu une tension des doigts autour du manche de son parapluie, qui accentue la courbe de son dos jusqu’à faire passer son menton à l’avant-plan. Le déséquilibre causé par cette physionomie quelque peu altérée inflige alors un effort supplémentaire aux jambes qui, sous la pression du haut du corps, accélèrent. Le rythme des pas fluctue, j’imagine, entre la retenue et l’enjambée, faisant alternativement vaciller et se relever la tête de la jeune femme à la manière d’une grue.  
Je l’imagine répétant à vois basse son mantra: «Je me tiens trop droite. Il faut courber le dos.» 
Je l’imagine nerveuse au moment où elle se fait dépasser par un petit groupe d’hommes ivres. «Encore quelques minutes», se dit-elle en levant les yeux vers le ciel. 
Je l’imagine chercher le ciel dans l’enchevêtrement de fils électriques, son regard attiré par l’éclat du goudron dont ils sont enduits. Transie, elle écoute l’électricité qui cille au-dessus d’elle. Comment se fait-il que ce son soit si sinistre? Et ces fils si luisants au couchant? Au delà, un amoncellement de tresses s’emmêlent encore à l’infini. «C’est obscène, se dit-elle.» 
Je l’imagine grelotter, puis accélérer le pas.
Je l’imagine oublier son rôle, sa cadence, la jeune actrice recouvrant sa prestance naturelle par dégoût.
Je l’imagine imaginer son corps de jeune fille retrouvé le lendemain dans une ruelle, une profonde coupure au poignet et aux chevilles. 
Je l’imagine visualiser le sang dans sa chevelure, masse sombre, luisante et collante. Opacité du rouge qui se dilue dans une flaque d’eau.
Je l’imagine étourdie. Vacillante, elle s’accroupit, tousse, retient une envie de vomir. 
Je l’imagine sensible aux bruits qui parviennent de la bouche des hommes, des voitures, des affiches publicitaires. Elle se relève tout de même. «Ça va aller, se dit-elle. Un dernier effort.»
Je l’imagine désorientée pendant quelques instants. «Où suis-je?» Elle ne se rappelle plus. Elle revient sur ses pas, s’engage dans une ruelle.
Je l’imagine pressentant son agression par un groupe d’hommes en cravate: elle qui pousse un cri; elle qui ne sent plus le sol; elle qui ferme les yeux.
Je l’imagine faisant les manchettes. «Une autre victime de 17 ans a été retrouvée ce matin. À part une incision aux poignets et aux chevilles, la jeune fille n’aurait pas été violentée. Il semblerait que le meurtre soit encore relié à la Nouvelle Compagnie Électrique de Tokyo. Ce n’est plus un secret pour personne: le sang noir des jeunes vierges est un excellent isolant pour les fils électriques. Bien meilleur que le goudron. La précieuse substance serait à l’origine de ce crime industriel.

24 février 2010

Star Wars disco sea chicken

Les Japonais ne sont peut-être pas les plus créatifs, mais ils sont certes passés maître dans l'art du copiage. Il arrive cependant que la reconstitution de certaines oeuvres de la culture populaire soit laissée au hasard. À preuve, cette pub qui fait appel aux personnages de Star Wars pour vendre du poulet en boîte de conserve. Comme quoi, il vaut parfois la peine de perdre son temps sur le Web.

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22 février 2010

J'écris parce que je chante mal

Les éditions Septentrion font paraître ce mardi 23 février un nouveau titre: J'écris parce que je chante mal. Il s'agit du premier recueil de nouvelles de l'auteur Daniel Rondeau qui, en plus de tenir le blogue du même nom depuis 2004, enseigne l'écriture créative aux mêmes jeunes cabots que moi.

Troquant l'écran pour une poignée de main, il sera au Nacho Libre à partir de 17h ce jeudi 25 février. Vous pourrez y faire l'achat d'un livre rougeoyant qui, si je me fie au blogue, saura combler les attentes de ses nombreux lecteurs.

J'ai hâte d'y lire les nouvelles que je n'arrive pas si facilement à retracer dans son blogue.

31 janvier 2010

Kaosopolis












Si Lignes électriques a été temporairement délaissé, c'est qu'un nouveau laboratoire d'écriture a émergé ces derniers mois.

Boris Platine - À la fois blogue et protagoniste central subordonné à sa reine nègre et traînant son Olivia dans les trous de lapin d'une cosmopolis en ruines.

Le tout en direct de Kaosopolis.
Zone expérimentale.
Entrées multiples.
Un labyrinthe où se frôlent et se contaminent 5 blogueurs.
5 personnages.
5 univers.

Jimmy Jones
Ma vie à N.D.Lay
Cinéma Moon Palace
Aranéides Labs

19 janvier 2010

Sur l'autoroute (céleste) 8 - Tokyo


Une plongée atmosphérique
suspendue entre ciel et terre
qui donne l'étrange impression d'y être
en esprit
sans la foule

15 janvier 2010

Le pointillé

Si j’avais à tracer une journée au pointillé sur une page, je dirais qu’il y a plusieurs points qui déborde la page, qu’il y a aussi des points, plusieurs points, gris, fades, ternes, réguliers, entrecoupés de points noirs qui, eux, prennent parfois des proportions improbables jusqu’à noircir la page en entier. En d’autres termes, si j’avais à tracer une journée au pointillé sur une page, celle-ci se laisserait rarement appréhender par une forme d’entendement humain; elle ne se laisserait pas lire aisément. On pourrait évidemment isoler certaines parties de la page, mais qu’adviendrait-il si le lecteur tombait, par exemple, sur une journée où la page ne recèle plus de blanc? Ou, pire encore, s’il découvrait au fil des points une sorte de chemin familier qui prend forme lentement, qui le sollicite et lui renvoie comme un miroir les reflets de sa propre intelligence avant de sombrer à l’extérieur du cadre?

Il y a des points très condensés dans une journée de points et des points flous, des points qui s’effacent et des points scintillants, mais rien n’est aussi fascinant que ces points perdus, ces outre-points, en marge et bien au-delà (puisqu’au delà de la marge il y a tout de même des points - flottants peut-être, invisibles, mais points tout de même) qui forment la constellation silencieuse d’un esprit, ses dérapages, ses égarements, ses pertes de mémoire ou mieux encore ses gains de mémoire, une surchauffe qui provoque un soudain égarement à l’extérieur du cadre, une glissade enivrante dans les points noirs de l’oubli que personne ne remarquera, que personne ne soulèvera, que rien, sinon l’idée d’y réfléchir un peu, ne pourra restituer.

Si j’avais à tracer une journée au pointillé sur une page, je prendrais le temps qu’il faut pour faire à reculons le voyage dans l’informe et chercher un moyen de circonscrire ces points sur la page sans leur enlever leurs propriétés. Ce serait une sorte de passe-passe. Comme étreindre le vide ou caresser un calorifère. Mieux encore. Ce serait tout simplement des points morts qu’une langue tenterait d’animer en se constituant à même son informité.

Inventer cette langue qui permet de revivre les points morts d’une journée.

15 décembre 2009

Légères et folles
Sous le lampadaire
La neige de décembre
Et la fille du voisin



24 novembre 2009

Sur l'autoroute 7 - SDG remix












Je ne suis pas bien du tout assis dans cette caisse
Je ne peux pas traverser les torrents sur les roches à côté d'une joie
Mon pire malaise est une congestion où je meurs
Sans accrochage sans collision
Immanquablement coincé derrière un volant en plastique

Je ne peux pas mettre mes pieds à l'extérieur
Et dire cette bagnole n'est pas moi
Je me contente pour le moment de ma compagnie

Mais je machine en secret des collisions
Toutes sortes de carambolages
Des transfusions de sang
Des déménagements d'atomes
Avec le bruit de la porte qui s'arrache à côté de moi
Avec la perte de mes dents sur les genoux

Laissez-moi rouler à fond
Défoncer des pare-chocs
Percuter des pare-brises
Casser des côtes
Craquer des crânes
Caler des coeurs
Par bonds quitter cette ferraille pour celle-là
Je trouve le passage entre les deux merveilleux
C'est là sans arrêt que je me repose

16 novembre 2009

Sur l'autoroute 6
















Le clou la coche ou le coucou
la chignole la guimbarde ou la chiotte
(Mieux connus sous le terme
véhicule
comme extension d'un corps enrobé de métal
de vitre et de plastique
comme projection des sens dans l'espace
comme perceuse du temps)
tire sa vitesse d'un geste imperceptible
d'une connexion
parfois funeste
entre l'accélérateur et les orteils

Le poids de cette ferraille
sa fureur
tient à quelques spasmes des nerfs
Aux fonctions que le cerveau octroie
À quelques membres inférieurs
À l'impatience des doigts qui se resserrent
Sur le bras de vitesse

Ses piaffements
célèbres dans les embouteillages
s'accentue en fonction de son immobilité

Il lui faut la mort à tous les angles à tout instant

Nul orietur
Science et patience évincées


Mayday!

Lecteur anonyme, ambivalent, dédaigneux, passager, habitué, pressé et parfois même attentionné, ne perd plus une seconde, fais glisser ta souris sur Leroy K. may, cerveau agile du célèbre blogue LKM, car le matamore vient de signer un contrat avec Le Quartanier où il publiera le récit délirant: Mayday! Retrouvez ici l'auteur qui incarne le doppelgänger du Dr. May en route vers Montréal dans le but de rencontrer coup sur coup non pas un, mais bien deux éditeurs qui sont prêts à tout pour se l'arracher. Enfin, c'est ce que prétendait le Dr. avec quelques bières dans le nez.

Puisque le dit récit disparaîtra sous peu du blogue sous peine d'amendes qui risquent fort de retrancher plus que ses royautés, je t'offre, lecteur voyeur, un instantané choisi au hasard de ses pages:




« D,!1%#+%!7,$8!7-$'&)%!'&!)&!7#8!%-.7!*(#22.$7,&-!#:&2!'&8!G.**&8!*.-%8A!;(&8%!,&!*.+)8!
4$(.)!7$+88&!'+-&A!M10T!4$&!0&!)(#:#+8!7#8!%-I8!5.))&!-17$%#%+.)!T!,(9-'-&!'&8!78?2G.Q
,.3$&8!'+7,6*18!T!'+8%#)2&!n,(9NMMoA!;&,#!2G#)3&-#+%!7&$%QR%-&!V!HB-&*&)%!7#8A »

Oups! Désolé. Il semblerait que l'éditeur y ait déjà apposé son sceau. À toi de le retrouver en 2011 dans toutes les librairies bon marché.

Et puis, zut:

«Je préfère liquider des poulets qui ne proviennent pas d'une rôtisserie commanditaire avec des moyens dépassés que d'arrêter le flux évanescent de ma cervelle en ébullition devant le comptoir gazéifié d'un gratin resté trop longtemps au four. Je délire? Sûrement.»




Chuuuuuuut. Dis-le pas.


11 novembre 2009

Explosé oral 6 : CECI n’est pas UN TRès Beau paMPLoème











ceci n’est pas un très beau poème
le champ lexical fait défaut
aucune correspondance
entre les mots
une cadence aléatoire
hors-contrôle
un lexique incongru

comme Baudelaire et pamplemousse

enfin peut-être
je ne sais pas
puisqu’il est possible
j’imagine
de retrouver Baudelaire
sur le comptoir de la cuisine
un matin au petit-déjeuner

cela ferait donc

Beau pamplemousse
dans les cils de mon chat où les nuances reflètent le soleil

Bau / pample /mousse/ pample /de / laire
Pample / charles / beau/ de/ mousse / laire
Charles / de mots / pample / laire / de / brousse

ceci et cela
beau et pample
une correspondance déficiente

de toute façon qu’est-ce qu’on en a crissé de Baudelaire on ne fait plus que le lire au cégep ce grand moderniste à la con qui faisait rimaille avec des charognes

wow! faire beau avec du laid moi je fais laid avec du laid je me fous de l’hémistiche et j’embrasse la médiocrité de mon époque à la con

époque à la con
époque à la con
époque à la con
époque à la con
époque à la con
époque à la con

toutes les petites mesquineries de la gestion des savoir-faire et des compétences acquises et du monsieur qui veut se tailler une place pour faire dire à son mari que son frère il est super important dans le milieu où il travaille pour faire rouler ses mots dans le

pamplemousse

et Baudelaire n’avait même pas de chien
il était le chien le gueux le trempé le saoulon le perdu l’infâme, l’atroce, le dégénéré

« Il faisait de la prostitution monsieur? »
«Non! il baisait avec une pute. Mais c’était l’amour!»

je pense que tout devrait être brûlé pas juste les livres mais aussi et surtout les images mentales qui dictent le savoir-écrire et qui dictent la façon d’aligner des mots

et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent et qui dictent

mais j’ai un beau pamplemousse jaune dans les cils qui reflète Baudelaire sur la page et mon chat « au corps élastique et électrique » s’en lèche les babines

2 novembre 2009

Explosé oral 5: L'Université comme thérapie

LCO8039 
Études comparatives des faiseurs de récit 
Hiver 2010
Horaire Jeudi 13h00-16h00
Professeur: Éric Bourbonnais

L’Université comme thérapie

Description
Depuis le développement de l’Université moderne, les cours se sont complexifiés à un tel point que l’on assiste aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle race de professeur. Des individus qui, pour survivre dans l’empire capitaliste militarisé et vivre de leur passion, se mettent (littéralement) en scène, exposent leurs névroses qu’ils emballent sous forme de «problématique». Ce cours propose une réflexion sur l’émergence de ces personnages qui se multiplient dans nos Universités et la façon dont ils vendent leur savoir à une clientèle aseptisée, nourrie à la TV et à l’Internet dans le but, non avoué, de payer leur loyer et d’écrire le roman du siècle sans se soucier du problème de capital, développé par les socio-technologies héritières de Marx.

Ce cours offre également un aperçu des théories et des débats récurrents autour de la figure du professeur universitaire et ce plus spécifiquement dans les champs controversés des sciences humaines (philosophie, études françaises, anthropologie, politique et, plus spécifiquement, littérature comparée.)

Corpus


- Gervais, Mélanie, Étude comparatives du «chez soi» des professeurs universitaires. (1967)
- Lowback, Malcom, In the teacher’s bedroom. (2001)
- Foucault, Michel, Cours à L’école supérieure de Vincennes.(1987)
- Bourbonnais, Eric, Le professeur comme personnage conceptuel : Foucault, Deleuze, et -- Derrida : une déconstruction. (2007)
- Pevin, Ishmael, L’ère du professeur à l’apogée du capitalisme (1991)
- Guide Debeur, Comment préparer son canard laqué comme un grand conférencier (1996)
- Dubeurre, Henri, «Sur-professeur, super-professeur, hyper-professeur» L’avènement étrange et convoité de la nouvelle figure du professeur à l’époque de la mondialisation et du déclin de l’empire américain. (2003)
- Ibiki, Nogoru, Sensei no saiko ni mita fukei ( The teacher’s beautiful corpse) Aussi traduit en québécois sous le titre de : «Le cadavre exquis du professeur».
- Langlois, Geneviève-Hurtubise, Apologie du rythme et de la grammaire sur les bancs universitaires. ( 2003)
- Attali, Jacques (Extraits) «Fruits» : analyse socio-économique des professeurs nuisibles à l’évolution de la pensée dans l’histoire. ( Bientôt disponible dans une pharmacie près de chez vous )
- Gagné, Benoit, Pourquoi j’ai préféré fonder mon avenir sur le marché de la bourse. (Mémoire de maîtrise, UdeM, 2002 )

Filmographie

- MacMacker, Abdoul, Making an entrance: the rise of the professor. Documentaire sur la rentrée des classes, l’attente, l’espoir et la contemplation du professeur. En collaboration étroite avec l’ONF (2002).

Évaluation

2 petits travaux de 35 pages (10%), un examen de conscience ( 40%); les étudiants seront aussi conviés à insulter le professeur, voire à l’haïr, dans le but non avoué de le remplacer et de créer un monde meilleur (50%).



31 octobre 2009

Sur l'autoroute 5


Je ne suis pas sur la route. Je suis sur l’autoroute. Ça n’a rien à voir avec le voyage initiatique de Kerouac. Je n’ai pas comme lui les yeux dans le vent remplis de rêves et de désespoir. Ce n’est pas le même voyage. C’est une forme de déplacement, oui, mais qui ne cherche pas à repousser les frontières de l’inconnu, plutôt le connu, le très connu, le très plate, une implosion féroce dans la quotidienneté et son lot de pylônes électriques et de cônes orangés semés à la va comme je te pousse le long des lampadaires.

Je me rappelle la lecture du Jack kerouac de VLB dans ma vieille mazda rouge une froide matinée d’hiver. Je n’avais pas la clé de la maison et ma mère s’était absentée... Je lisais frigorifié dans mon manteau de cuir des lignes qui ne suivaient aucune structure sinon celle de l'impulsion comme une dérive dans des pages à peines asphaltées, --------------- ces phrases-autouroute balisées ci et là par de longues parenthèses comme lorsqu’on est pris dans le traffic et que l’esprit divague pour mieux subjuguer la douleur de l’immobilité, pour l’enrayer à coup de pensées fuyantes, évanescentes.

Les voilà qui se faufilent entre les pare-chocs et qui remontent le long des carosseries. Je pense à toi Kerouac le fuyard pétri dans ses peurs d’homme pas de courage, mais qui sait raconter une histoire, brave canuck dans les brumes de l’alcool oublié.

24 octobre 2009

Explosé oral 4 : Rouge

Il y a la fenêtre qui

source de lumière

ouverture sur les feuilles

attire les regards

peut-être

ou peut-être

qu’il s’agit d’autres choses

les cheveux

par exemple

de Natasha ou de Sara

le parfum d’Élisa

la chemise de l’enseignant

cette chemise noire

dont la texture rappelle celle de l’univers de Poe

une texture…

La mort symbolise l’irrémédiable

le temps qui passe

les connexions cérébrales qui poussent à la folie

Et quoi encore?

Poe m’emmerde, m’emmerde, m’emmerde

C’est quoi cette langue pompeuse

sombre aux odeurs de vieux gin et de masques en sueur

Peut-être qu’il s’agit d’autres choses

Une rupture

Une indigestion

Un relent de désespoir naissant

À 16 ans

Sans aucun sens de l’organisation on fait quoi avec nos bras démesurés

nos petits seins

nos petites poires émergentes

soucis soucis soucis

sans cesse ressassés

houle de dégorgements de nausées de reflux de marées de Tsunamis d’ouragans d’éruptions

à braise de peau

irradiant dans la classe

sous le bureau

dans le pantalon

à la vue des feuilles si rouges

si resplendissantes

si mouillées

ces feuilles-cheveux rouges de la fille d’en face

qui se penchent non vers moi

mais vers l’avant

qui se penche avec un penchant langoureux

dans la nuque

avec un mouvement fluide de feuilles prises dans le vent

la rougeur de ses cheveux

de son sang

j’aimerais m’ouvrir les veines

lui ouvrir les veines

lentement

pour la voir crier

geindre

trembler sous mon emprise

je dois finir mon texte avant la cloche

peut-être l’insérer

cette fille

comme personnage

Natasha rouge éprise du mouvement même de son crayon rouge rouge

J’irradie à l’idée d’écrire sur elle sous elle en elle

de conjuguer le verbe rouge à l’infinitif

de son nom

Me concentrer

Il faut écrire

Mais ces feuilles si rouges

M’empêchent de me concentrer

Sur toi

Natasha

Explosé oral 3 : s-a-l-o-p-e

S-A-L-O-P-E

J’ai un tel cri qui vient du dedans merde un tel merde de cri qui me déchire en-dedans c’est un silence une rancoeur une valse épileptique sourde que les temps renforcent un cri une rancœur amniotique de l’intérieur de naissance je crois que j’ai cette tache de naissance cette ardeur sempiternelle qui se décline en phrases lorsque je prends le temps parfois pas souvent pas assez souvent d’ouvrir la bouche quel délire quel ritournelle somptueuse virevolte dans le fond de mon cauchemar voilà c’est dit je suis en colère chaque jour en colère comme une lave qui se distille dans tous les pores da ma peau sèche et galleuse me voici devant toi le visage ouvert réceptif aux cris aux plaintes au courroux des élèves mal léchés mal torchés leurs cris épileptiques sourds qui tournent en rond dans leur cœur noirs et asséchés leur détresse déversée dans mon visage sur mes lèvres rebondissant sur mes lèvres fissurant mes certitudes mes belles certitudes mes structures d’adulte condescendant pris au milieu d’une tempête de cris de jeunes cons en mal d’égaiement pris dans la turpitude rêche et assommante des cours d’assaut menant aux brevet des compétences de chiures de mouches de science et d’art dramatique dans mon cours dans le cours où je me trouve placé au centre de la tornade de craie blanche de poudreuse sur le tableau nuageux du ciel bleu lactée sans échymose ce ciel toujours si loin de ma réalité toujours si fendant et plein de sang dans ses pluies dans ses neiges dans ses éclats de poudre de stups de hash de mesc au bout du rouleau le ciel déroulé comme un papier cul dans la classe ou il fait bon de fermer les rideaux pour dormir en paix entre les lignes affolées de la dernière note de la nouvelle blonde de mon chum qui sera sûrement ma meilleure amie quand il s’en trouvera une autre dans le décor pour lui palper le gland et nourrir ses désir de nouvelles images you tube me in the mouth comme ça et avec un peu plus de sperme dans la face svp je pense que je vais venir dans la classe avant que la cloche ne sonne parce que sinon je n’aurai jamais le temps de finir mon devoir sur la conjugaison du verbe fendre du verbe prendre du verbe craindre étreindre pourfendre palper toucher baiser je veux cet élève dans le couloir mort avec son cou plongé dans les chiottes je veux cette élèves dans le couloir vide la nuit avec une lettre de sa meilleure amie entre les mains ou se lisent les lettres : S-a-l-o-p-e.

L'écume du réel

L'image est frappante.
On se souviendra d'une histoire simple, toute simple, celle de Colin et de Chloé, celle aussi de ce nénuphar qui, tout en prenant de l'expansion au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans le livre, pousse dans les poumons de la fiancée de Colin.
Les fantasmagories de Vian sont bien connues, mais jamais au grand jamais aurais-je cru voir l'une d'elles recensée sur un site d'information.
En effet, le 15 mai dernier, le site MosNews.com relatait une anecdote des plus saugrenues : quelque part en Russie, un jeune homme crache du sang. Après une intervention chirurgicale, on découvre un sapin de 5 cm dans ses poumons.
Aussi futile puisse t-elle sembler, cette anecdote me permet d'établir un parallèle avec un ouvrage collectif qui porte sur le rapport du roman avec le réel: Devenirs du roman.
"Quels sont les rapports du roman avec le réel? Avec le monde contemporain? En quoi celui-ci affecte-t-il la forme romanesque, et en quoi le roman affecte-t-il le réel en retour? Quelle est la capacité du roman, en tant que genre, à appréhender les enjeux du monde à venir?"
Le réel est toujours en reste par rapport à la fiction. La fiction dicte ce qui pourra se donner à voir, elle suggère, trace, répertorie un inventaire fabuleux de mots qui, en quelques phrases, finissent par se décliner en idées, fussent-elles en accord avec le réel ou non.
La question de l'utilité de la littérature refait souvent surface. À quoi sert la littérature? C'est une question non seulement énervante, mais, plus encore, truffée de pièges pusiqu'elle semble émaner directement du fond de la gorge d'une société en mal de réflexion, portée toute entière sur une forme de capital rapide, excessif, dénuée d'imagination.
«Le plaisir de la fable est d'abord une démonstration en acte de ma liberté.» Cette citation tirée de cet ouvrage me semble convenir parfaitement à Boris Vian. C'est de cette liberté seule que peut advenir une idée authentique. Un peu d'écume en surface, bientôt rattrapé par la vague du réel.

15 octobre 2009

Sur l'autoroute 4

Est-ce possible d’entrevoir une forme de narration à l’image du déroulement de l’autoroute: une sorte de flux ininterrompu qui, tout d’un coup, nous oblige à freiner, à prendre du recul, à observer notre positionnement. À la lumière du chemin parcouru, l’avancée se fait alors plus pénible, au compte-goutte, l'autoroute se change en stationnement, l’être arraché à l’action fulmine sur place dans l’attente d’une ouverture, d’un déblocage, comme le retour de l’inspiration ou de quelque chose de latent, d’imperceptible qui surgit sans klaxonner et qui ouvre de nouvelles perspectives. Les idées plus tôt étouffées se nourrissent alors de cette pause pour s’élancer de plus belle, avec un élan proportionnel au degré de stagnation. Sur l’autoroute, les interruptions dues aux arrêts involontaire ce seraient les espaces entre les paragraphes, et les paragraphes, le défilement des mots motorisés loin des feux de circulation, cette forme de ponctuation de la rue qui balise, réfrène, retient, censure, étouffe l’imaginaire du conducteur en modulant de haut en bas ses vitesses et en le maintenant à mi-chemin de son plein potentiel. Chaque seconde équivaut à un saut à la ligne. On peut ainsi mesurer l’élasticité de l’inspiration du conducteur au jour le jour, sentir, la flexion entre le mots et la stagnation du traffic mental qui s’insère entre les mots cherchés-désirés dans le droit filon de l’autoroute. Une autoroute ne devrait jamais imposer le silence. Elle devrait plutôt laisser libre cours à la fureur du conducteur et suivre le mouvement aléatoire, mais concentré et rectiligne des mots qui se réfléchissent comme des objets dans le miroir qui sont plus près qu’ils ne le paraissent. Le silence peut alors s’installer par lui-même et distiller son poison tout au long du trajet dans une sorte de défilé allégorique du verbe catalysé par le filtre de la pensée et rejeté par le tuyau d’échappement.