7 octobre 2010

Étincelle 8

J'épie les moments de décélération qui nous renvoient à nous-mêmes : l'esprit est comme resté en arrière et il observe un corps automate qui, tant bien que mal, résiste au temps.

26 juillet 2010

Étincelle 6

Une grande part du ciel pour lui, c'est tout au plus le dessous d'une surface de bois où trônent tous les matins d'étranges géants qu'il cherche des yeux mais, quand les têtes se tournent vers lui, et que le ciel sous un roulement de mains émet soudain les résonances du djembé, les yeux d'Émile, ce ne sont plus des yeux, ce sont deux soleils.

17 juillet 2010

Étincelle 5

Quelques cris d'un être encore tout rabougri suffisent à faire émerger l'extraordinaire dans le langage de tous les jours. 

16 juillet 2010

12 juillet 2010

Étincelle 3

Condenser une journée en une phrase est un exercice de résistance contre l'oppression du babillage.

Étincelle 2

"Les outils d'écriture participent à l'éclosion de nos pensées."
- Nietzsche

11 juin 2010

Propositions sur Glenn Gould - 4e gamme

J'ai beau essayer d'écrire sur la table de la cuisine pendant que les plats mijotent ou devant la TV, dans mon lit aussi, j'ai déjà mis mon portable sur mes cuisses, mais je n'y arrive tout simplement pas. Il me faut un lieu où je peux me retrouver avec ma machine et ma chaise et ma table, une zone fortifiée, à l'abri des distractions quotidiennes. Le rituel prend tout son sens seulement s'il est vécu entre les murs qui ont retenu mes humeurs.

C'est ici assis confortablement sur une chaise ou pas, souvent pas, avec les pieds sous les cuisses, sous les fesses souvent, rapidement, malgré moi, manie japonaise du seiza qui relève ma colonne et oblige mon corps à se tenir malgré tout, au fil des mots, même si, après une secousse ou deux, alors que les phrases s'entassent les unes sur les autres, j'ai souvent le cou cassé, le ventre sorti et les jambes engourdies.

Je parle tout haut aussi, je chuchote, je marmotte, ce besoin presque enfantin d'entendre la vibration des lettres qui s'entrechoquent, de le sentir glisser sur le bord des lèvres - constructions musicales qui fouillent le vide à la recherche d'un sens. L'écho comme une façon de n'être jamais complètement seul, mais de se retrouver face à soi, avec ce qu'il y a de plus ténu en soi - déplacer de l'air pour se sentir en vie et pour négocier en  démultipliant ses voix une sorte de pacte avec le réel - fugue du moi, se voir tout à coup en petits morceaux, constellé sur l'écran en cristaux liquides : JE : deux notes noires cernées de blanches (l'espace infini entre ce mot) - un son étranger qui se démultiplie dans la répétition et se dissout dans la solitude.

15 mai 2010

Propositions sur Glenn Gould - 3e gamme

Proposition 5

Glenn Gould est le seul pianiste à réfléchir vraiment à la forme. Il ne s'agit pas de faire une lecture lyrique d'une oeuvre et de l'interpréter en restant le plus près possible du sens, de la tradition, des attentes, pour émouvoir son public en lui renvoyant un langage qu'il saisit bien, le langage de tous les jours qu'il utilise, qu'il entend en faisant la vaisselle, mais plutôt une musique miniature, minimaliste, presque silencieuse qui chuchote des réalités et des saletés sur un monde exorbité, loin d'ici. Un monde aride, déseché, ascétique. Un espace désert où les notes se répercutent en renvoyant une teinte jusqu'alors inconnue, presque inodore et qu'il faut réapprendre à entendre.

On renait chaque fois qu'on écoute une exécution de Gould au piano. Des sons sont perçus. Mais ils ne nous vient pas à l'idée qu'il s'agit de sons. Désert. Vent. Le bruit de la neige peut-être qui fond sur une fenêtre au soleil, mais pas de Do ni de Sol, encore moins de La, puisque le langage lui aussi perd ses fonctions et que le La peut aussi bien déterminer qu'il peut qualifier.

"Quelle note la! si la!"

13 mai 2010

Propositions sur Glenn Gould - 2e gamme

C'est toujours mieux la lumière tamisée pour ne pas dire la noirceur complète. Faire un avec chaque note de Gould, en détacher la texture si particulière, comme lorsqu'on met l'oreille sur le ventre d'une femme enceinte pour mieux sentir les vibrations, les battements de coeur du foetus. Ce genre de musique-là, organique, biologique, atomique, quelque chose de si ténu, de si près du silence que la vie semble tout d'un coup gigantesque lorsqu'on en perçoit les profondes ramifications.

Proposition 4

L'exercice prend une valeur plus importante que l'oeuvre. Le non-fini, le fragmentaire, les morceaux épars, les notes, les cris, les marmottements. Je pense à Artaud en littérature comme à Gould en musique. Même combat. On recherche l'idée pure. Évacuer le décalage entre l'idée et son véhicule, éliminer les traces, la traduction qui corrompt les mouvements de l'âme. Travailler les transitions. Coller bout à bout les émanations pures du Moi pour qu'il n'y ait pas tergiversation, de raisonnement de l'humain qui interfère entre les données, mais quelque chose comme de l'animal dans son état le plus sain, dans son cri de foetus avant l'avortement.

Scolie 1

Si je n'ai jamais réussi à devenir pianiste, j'ai souvent réussi à tromper la vigilance des mes professeurs qui ont toujours cru que je savais lire la musique. Nada. J'ai toujours eu une excellente oreille et une sensibilité de prince au petit pois. Celui qui ne ferme pas l'oeil parce qu'il sent le pois sous une tonne de matelas. D'une certaine façon, je cherchais des raccourcis, des fuites, des fugues, je compensais un sens en forçant l'autre, la lecture pour l'ouïe et jaurais pu, si on m'avait encouragé, devenir un excellent jazzman, une sorte de génie schizo du piano - j'aurais déformé à ma façon les ritournelles de Mozart pour en fabriquer de nouvelles en papier-mâché, désarticulées, déformées, mais authentiques, libres de contraintes spasmodiques de la page.

Ce qui soulève une question: comment se libérer de l'étouffement qu'impose les codes sur la page? Le langage. Apprendre à lire pour comprendre et pour écrire pour communiquer quand le langage peut communiquer des choses atroces et déformer la réalité. Cela donne-t-il envie d'utiliser ce langage ou plutôt de le tordre dans une sorte de malaxeur interne, pour le jouer à l'oreille et le rendre à l'oreille comme une sorte de pastiche dégingandé du langage de tous les jours, quelque chose qui est un langage, mais qui n'est plus vraiment ça ou du moins ce à quoi on s'attend? Si l'on écrit à l'oreille, c'est de l'ordre du poétique peu importe que l'on écrive un article pour Elle Québec ou une thèse sur Spinoza.


11 mai 2010

Propositions sur Glenn Gould

Outre le plaisir jubilatoire dans le silence d'une nuit ivre où je me suis mis à l'écouter vraiment, je me rappelle l'avoir encore mieux entendu dans les champs de moutarde de Kamouraska - car les notes de Gould ont besoin d'espace pour se faire entendre, lui qui raffolait du Grand Nord. Je revois sa silhouette dans son paletot noir, comme une dièse sur un fond émaillé de neige pure.

Proposition 1
Il existe un rapport entre le clavier du piano et le clavier de mon portable et je le cherche.

Proposition 2
Le rapport de Gould à la musique, et plus particulièrement à l'enregistrement, en dit long sur le rapport à l'écriture et ses supports.

Proposition 3
Pour réfléchir aux formes d'écriture contemporaines, la réflexion du pianiste, pour qui le potentiel de l'enregistrement domine le spectacle, procure un modèle privilégié. Il n'y a plus d'auteur Superstar, mais un artisan orfèvre qui peaufine ses interprétations en les écoutant et les rejouant inlassablement. Une série de moments spontanés, isolés, purs, denses, authentiques sont rafistolées, bout à bout, comme les différentes mesures d'un morceau. Ce qui compte, ce n'est pas l'exécution du morceau en soi, mais sa faculté de juger quelles mesures méritent d'être retenues pour le morceau final et la place précise que celles-ci devront prendre dans l'ensemble.

Les Jumelles japonaises en BD

Groupe underground renommé pour ne s'être jamais produit nulle part, les Jumelles Japonaises ont du moins l'illustre chance de se retrouver dans le palmarès des meilleures planches de Chant, la fameuse bédéiste verchéroise.

7 avril 2010

La pédagogie du vide 2 - Sur les murs


Et si je leur disais qu’aujourd’hui on allait accrocher les bureaux sur les murs, si le programme de français consistait à réfléchir à une façon ingénieuse d’accrocher les bureaux au-dessus de la tête du maître comme des auditoriums miniatures suspendus entre deux plans où circule les émanations passagères de la pensée sous forme de pieds de bas et de petites culottes.
Il faudrait évidement exiger le port du pantalon ou tout simplement réécrire les devis pour des étudiants nudistes qui s’en donne à coeur joie lorsque vient le temps de chier sur le prof ou de lui tomber dessus pour une erreur de calcul.
Il faudrait revoir les devis déchirer les devis descendre la ministre de l’Éradication du Oisif et du Porc à coup de mitraillette pour ajuster les programmes en fonction d’une augmentation non pas du salaire des instituteurs mais bien de la hauteur approximative des élèves sur les murs - hauteur qui bien sûr permettrait de mesurer le degré d’intelligence et de compétence atteint par les dits-élèves.
Ces élèves écriraient comme je le disais plus haut un dossier technique sur l’installation de bureaux en hauteur - on y évaluerait évidemment les participes passés et la cohérence verbale mais aussi la clarté du propos le vocabulaire et en dernier lieu le pourcentage concret de mise en application probable de réussite de l’installation desdits bureaux à l’aide de poulies d’écrous et de vis sur les murs et les plafonds.
On ne négligerait rien les élèves seraient assidus comme des oiseaux gris-bleu s’essorant les ailes dans les moulures du plafond disposant d’une faculté de l’esprit géométrique hors du commun on les verrait tels des funambules se tenir sur la corde raide d’une balançoire à l’horizontal. 
Tout cela simplement si je leur disais : «Aujourd’hui, on va accrocher les bureaux sur les murs.»

5 avril 2010

Pédagogie du vide - Un mur ne sait rien des autres murs


Le rapport à l’espace me fascine. La première chose que je fais en entrant en classe, ce n’est pas écrire le plan de cours au tableau. Je m’arrête dans le cadre de la porte. Je balaie l’espace d’un coup d’oeil et je tente d’imaginer la disposition de bureaux la plus déstabilisante possible tout en envisageant une proximité avec les étudiants, tout en m’obligeant à orienter la composition en fonction d’une convivialité qui fait souvent défaut aux études supérieures.

Les bureaux, c’est la matière. Les élèves, les transistors qui permettent à l’information d’affluer entre les îlots. Tragédie des classes universitaires qui imposent des bancs soudés, fixés au sol. Pire encore: les auditoriums qui infligent à un maximum d’élèves une posture dans un moule prédéterminé au seuil duquel trône le maître dans la poussière de craie. Plus les études avancent, plus la pensée, à l’image de l’espace, impose sa dictature.  
Je préfère penser l’espace de la classe comme s’il n’y avait pas de murs. Un lieu où l’anarchie peut subvenir tout comme une zone propice à l’affluence soudaine de lignes silencieuses qui se dessinent entre les têtes. 
Les bureaux, je veux dire ces objets brinquebalants qui font figure de table de travail où se laisse choir les jeunes décérébrés en attente d’un mouvement à l’avant, ne devraient pas imposer la rectitude conservatrice qu’on leur connaît depuis le temps des jésuites et des sulpiciens. 
Avant d’entrer en classe, je l’imagine vide. Un canevas blanc en trois dimensions. Les bureaux comme matériau. Des planches de bois disposées abstraitement ci et là permettent de diluer l’espace, de l’alléger. Elles permettent aussi de le dynamiser, de lui donner l’illusion de grandeur ou de rétrécissement. 
Je prétends qu’un réaménagement de l’espace influe sur les influx nerveux, stimule l’esprit, l’oblige à orienter son esprit sur des chemins moins connus, favorisant l’association d’idées, l’imagination, voire une nouvelle forme de concentration.
L’idée est d’imposer une perception différente, désarmante, saugrenue. 
Suggestions de figures possibles:
  • de dos au professeur
  • face à une fenêtre ouverte sur l’extérieur dans le contexte d’un atelier
  • dos à dos lors d’un examen.
  • en zigzags
  • collés sur le mur du tableau
  • éclatés comme des points perdus dans l’espace suite à une explosion
  • en forme de constellations, selon une logique mathématique qui se base entièrement sur le dynamisme du groupe, sur l’aura spécifique qui s’en dégage
  • en forme de triangle (vide ou plein)
  • en forme de cercle (vide ou plein)
  • renverser le dressage du corps en les obligeant à s’asseoir sur la table de travail et à garder les pieds dans le vide
  • les inviter à rester debout, à s’étendre dans un coin, à se percher sur le rebord de la fenêtre
  • imposer des figures géométriques facilitant l’échange
  • coller les bureaux en pavé où les élèves agglutinés les uns aux autres, tel un monochrome de Rothko, doivent irradier en silence 
  • [Insérez votre proposition ici]
Et tout cela sans jamais s’arrêter de prendre des notes, en intensifiant leur concentration, en explorant de nouveaux chemins de la pensée.
Le professeur, quant à lui, est mobile ou fixe par rapport à un point référentiel connu (le bureau du prof). Il n’a peut-être pas de bureau dédié, il s’est peut-être exorbité quelque part dans la classe, comme un point parmi les points de la constellation. Les ligne de force qu’il établit avec les élèves ne sont pas hiérarchiques, mais dynamiques. La vitesse de pensée doit précéder la leur, prévoir les questions, les tensions, devancer les attentes, favoriser l’échange, pousser en dehors du cadre. 
Un mur ne sait jamais rien d’un autre mur. Il n’est qu’une surface qui impose une limite au corps. 


Mon objectif est de m’adapter à l’environnement, de fixer des points et de me mouvoir en fonction des sources de lumière (fenêtres, éclairage électrique), de la largeur des murs (droites parallèles et perpendiculaires à mon emplacement). J’opte pour une architecture qui s’appuie sur des phénomènes physiques d’interaction. Je deviens à chaque cours un dispositif de localisation et de suivi d’éléments fixes, en nombre quelconque, dans un environnement structuré, partiellement connu et de taille limité. Je suis moi-même un matériau mobile disposé dans l’environnement. 
En somme, théorie et géométrie se renforçant l’un l’autre, le professeur-architecte invente et expérimente les figures les plus appropriées à sa matière. 

3 avril 2010

Sumo

L'équivalent du hockey au Japon, c'est le Sumo. Voici une superbe reconstitution du plus honorable des arts de combat. Il s'agit d'un vrai tournoi en accéléré dont quelques séquences ont été supprimées pour donner l'illusion d'une maquette (Tilt shift motion).  Malgré le sérieux de la chose, si vous observez bien, vous remarquerez dans les dernières secondes un geste surprenant de la part d'un Sumo : un kancho, plaisanterie grivoise qui consiste à faire semblant de rentrer un doigt dans l'anus d'une personne qui ne s'y attend pas.

23 mars 2010

Une fleur pour Leroy K. May


Puisque dans ce monde décadabrouticaltaque saturé d'information on a tendance à trouver ses idées chez ses meilleurs amis, Leroy K. May a eu, justement, l'idée ingénieuse d'exploiter le thème avec lequel je lui casse les oreilles depuis une décennie: le Japon. Nous voici donc sous les cerisiers numériques que Robert n'a pas voulu lire, mais qu'il a bien voulu publier. Pour 4 dollars, ça vaut bien la peine. Pas plus.